Par BIALA MAYUBA RUTH, Chercheure à l’École de hautes Études Politiques et Juridiques de l’Université de Kinshasa
Le 06 mai 2026, Félix Antoine Tshisekedi a tenu une conférence de presse à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse , devant un parterre de journalistes venus de tous horizons. Les échanges ont principalement porté sur les questions : de diplomatie et de sécurité, de politique et gouvernance, de situation socio-économique , du débat autour de la Constitution, ainsi que le sport et la culture.
Voici pour vous le sixième épisode de « Masolo ya mboka », une rubrique de l’École des Hautes Études Politiques et Juridiques de l’Université de Kinshasa qui met en lumière les différentes questions liées à la gouvernance en République Démocratique du Congo.
Cette prise de parole très attendue du Chef de l’État congolais par le public tant national qu’international, était perçu comme un moment d’échange face aux enjeux actuels .Pendant près de trois heures, le Chef de l’Etat , a répondu aux questions des journalistes présents dans la salle. Il a souligné les avancées enregistrées dans le domaine social, notamment la stabilisation du cadre macroéconomique, la construction d’infrastructures stratégiques et académiques, ainsi que les efforts consentis pour améliorer le vécu quotidien des Congolais et le panier de la ménagère.
Il est revenu sur l’opportunité de son action diplomatique soutenue. Celle-ci a conduit, premièrement, au repositionnement de l’État congolais sur la scène politique internationale et, deuxièmement, à un partenariat avec les États-Unis, matérialisé par la signature d’un accord économique stratégique et d’un mémorandum d’entente sécuritaire pour la pacification du pays, plus particulièrement de sa partie Est.
Le Président a dû répondre aux questions relatives au changement de la Constitution et à l’organisation des élections en 2028. Un point de vue très attendu, qui a permis de connaître sa position. Sur le premier point, le Président a expliqué que le changement de la Constitution était motivé par un souci de réformes, notamment les réformes juridiques exigées par les Accords de Washington, et non par une volonté de « glissement ». Il a toutefois précisé que la tenue des élections de 2028 serait conditionnée par la fin de la guerre.
Au long de son allocution, le président a souligné que: « Si le peuple demande un troisième mandat, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai. Mais pour cela, il faudrait que ce peuple s’exprime par voie référendaire. » Ces déclarations ont suscité un tollé, et les réactions de toutes parts ne se sont pas faites attendre.
Si, d’un côté, la majorité a salué une prise de parole réussie, l’opposition s’oppose catégoriquement à cette démarche. Les réactions ont été immédiates, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu ou encore la Lucha ont clairement exprimé leur point de vue, telle offensive claire : selon eux, Félix Tshisekedi donne l’illusion d’une souveraineté populaire alors qu’il s’agirait d’un « coup d’État institutionnel », d’une mise en péril de la démocratie et d’une instrumentalisation politique de la guerre pour nourrir des velléités de glissement de mandat. Cela, alors que le Président refuse toute forme de dialogue national, estimant que cela serait illogique.
Ainsi cette conférence de presse, loin de clore les débats, ouvre plutôt une nouvelle séquence politique marquée par des interrogations majeures sur l’avenir institutionnel de la RDC, la gestion de la guerre et les équilibres démocratiques à l’approche de 2028 : si l’organisation des élections est impossible avec deux provinces en moins à cause de la guerre, celle d’un référendum ne le serait-elle pas aussi ?
Par ailleurs, face à l’état actuel de l’armée congolaise, ne faudrait-il pas prioriser des réformes militaires profondes afin de la rendre plus apte à faire la guerre, au lieu de ne compter que sur la volonté du partenaire américain ?
