LA COALITION DE L’ARTICLE 64 : L’OMBRE DU DEJA-VU OU UNE ALTERNATIVE POUR PALLIER À LA CONJONCTURE ACTUELLE ?

Par Daniel Mbanza Politologue et Chercheur au Centre d’Etudes Politiques


Cliquez ici pour télécharger le premier numéro de Masolo ya Mboka, une analyse de décryptage de l’actualité en RDC.

En date du 19 mai 2026, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Delly Sessanga et autres figures de l’opposition ont signé une déclaration politique pour la mise en place de la, coalition dénommée « Coalition de l’article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel », C-64 en sigle. 

Voici pour vous le septième épisode de « Masolo ya mboka », une rubrique de l’École des Hautes Études Politiques et Juridiques de l’Université de Kinshasa qui met en lumière les différentes questions liées à la gouvernance en République Démocratique du Congo.

Sous un ton ferme et martial, cette énième initiative de l’opposition, s’érige en barrière contre les dérives dictatoriales et les tentatives de renversement de l’ordre constitutionnel (expressions reprises dans la déclaration politique de la coalition et qui seraient proscrites par l’article 64 de la constitution) constatées à travers la résurgence et l’insistance sur le changement de la constitution soulevées par la famille politique du chef de l’État et de la possibilité d’un troisième mandat évoqué par ce dernier lors de sa récente conférence de presse du 6 mai 2026, que l’article 220 que l’actuelle constitution  récuse. 

Ces deux tentatives sont jugées par l’opposition politique comme étant inopportune, non-républicaine et illibérale,  en raison de la brutalité avec laquelle elles sont réclamées et du déni d’autres problèmes fondamentaux qui nécessitent l’intervention effective et efficiente du gouvernement, entre autres : l’occupation par l’AFC/M-23 des deux grandes portions des provinces du Nord et du Sud-Kivu (dont les épicentres sont Goma et Bukavu), la présence tacite des armées étrangères (du Rwanda, de l’Ouganda et de la Zambie), la montée des foyers d’insécurité à Kinshasa, la précarité et la misère de la population, le chômage chronique, les atteintes aux libertés fondamentales etc…

La sortie officielle de cette nouvelle coalition n’a pas fait attendre des réactions positives comme négatives auprès de l’opinion publique et du camp présidentiel. Ceux qui l’ont accueilli positivement ont estimé que c’est une réponse prévisible contre les dérives politiciennes ostentatoires du pouvoir en place. Parmi les déclarations notables, nous pouvons citer celles de Francine Muyumba, cadre du PPRD et de Gloria Panda Sengha, activiste politique. Leurs tweets ont salué vivement cette initiative, tandis qu’il y a eu des réactions mitigées de la part de certains journalistes comme Peter Tiani et Patrick Lokala, qui en ironisant, félicite le progrès de la démocratie sous Tshisekedi et critiquent cette coalition en la qualifiant de résonance du Rwanda et de Joseph Kabila. D’ailleurs, Patrick Lokala aurait laissé entendre que cette rencontre au Centre Culturel Boboto, lieu de signature de la déclaration aurait été financé par Joseph Kabila. D’autres encore comme Pero Luwara décrit l’absence notable de ce dernier. La famille politique du président de la République a répliqué en créant une coalition dénommée C-4 (Coalition de quatre zones linguistiques) pilotée par Augustin Kabuya.

Mais des interrogations fusent de partout, dans le bon tout comme dans le mauvais sens. Certaines laissent entendre les spectres du « déjà-vu », c’est-à-dire des initiatives de l’opposition politique qui ont souvent aboutit à des échecs à cause des crises d’intérêts ou de leadership, en l’occurrence la coalition Lamuka de 2018. D’autres critiquent cette multiplicité d’initiatives, du fait que, la plateforme « Sauvons le Congo » toujours de cette même opposition, initiée à Nairobi, à peine née, a disparu et c’est pourquoi certains augurent que celle-ci pourrait ressembler à un autre avorton. 

A contrario, d’autres voient en cette initiative, une vraie fronde comme celle qui a été constituée contre Joseph Kabila en 2018, et qui avait débouché à son départ, surtout que certains poids lourds de l’époque y figurent comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Jean-Marc Kabund. 

Au-delà de ces querelles, pallier à la crise multidimensionnelle actuelle et le départ de Félix Tshisekedi demeurent les vrais tests pour cette nouvelle coalition. Jusque-là la RDC est en quête d’un nouveau vent qui dépasserait les spectres des échecs des ères Mobutu, Kabila et peut-être de Tshisekedi, qui n’ont pas pu extirper la population congolaise de la crise multidimensionnelle qu’elle traverse depuis plus de trois décennies. 

 

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