Motion de défiance contre le vice-Premier ministre de l’intérieure Jacquemain Shabani : entre discipline parlementaire et protection politique, qui respecte les règles ?

Par : Naomie Moke (chercheure à l’Ecole de Hautes Etudes Politiques et Juridiques)


Cliquez ici pour télécharger le premier numéro de Masolo ya Mboka, une analyse de décryptage de l’actualité en RDC.

Plus d’une semaine après le dépôt de la motion de défiance contre le ministre de l’intérieur et
de la sécurité, des tensions émergent autour de sa prise en charge par l’assemblée nationale.
Les députés signataires dénoncent un blocage du contrôle parlementaire, accusant le bureau
de la chambre basse de retarder volontairement l’inscription du texte à l’ordre du jour.

L’initiateur de cette démarche, le député Laddy Yangotikala évoque une violation du
règlement intérieur, estimant que le délai de 48 heures prévu pour le traitement des motions
n’a pas été respecté. De son côté le bureau de l’assemblée nationale par le biai de son
rapporteur le professeur Jacques Djoli, rejette ces accusations, défend la régularité de la
procédure et affirme que la motion suit les étapes prévues.
Cette controverse soulève ainsi une interrogation : le parlement congolais est-il encore un
espace de contrôle démocratique où devient-il progressivement un instrument de protection
politique ?
Voici pour vous le quatrième épisode de « Masolo ya mboka », une rubrique de l’Ecole de
Hautes Etudes Politique et Juridique de l’Université de Kinshasa qui met en lumière les
différentes questions liées à la gouvernance en République démocratique du Congo.
Accusé de mauvaise gestion de la sécurité en RDC, notamment à Kinshasa où la criminalité
est perçue comme hors de contrôle, le ministre de l’intérieur Jacquemain Shabani se retrouve
au centre d’une offensive parlementaire. Portée par 56 députés signataires, au-delà du seuil de
recevabilité, la motion engagée contre lui, toutefois des fragilités internes, marquées par des
désistements et des critiques liées au respect de la procédure par le bureau. Cette dynamique
met en évidence des tensions croissantes au sein de l’Union Sacrée, traduisant des
divergences politiques autour de la gestion de la sécurité et de l’exercice du contrôle
parlementaire.

La motion de défiance contre le vice-premier ministre de l’intérieur Jacquemain Shabani, ne
concerne pas seulement un homme ou un poste, elle relève surtout de comment fonctionne
réellement le pouvoir représentatif en RDC. Sur le papier, le parlement est un organe de
contrôle du gouvernement, mais dans la pratique il n’est pas le cas. La motion initiée par le
député Laddy Yangotikala en est la preuve. Face à une pression des membres de la majorité
parlementaire, plusieurs députés ont retiré leurs signatures, l’initiateur même de la motion a
été suspendu temporairement par son regroupement, Dynamique Agissons et Bâtissons
(DAB), pour non-respect de la solidarité au sein de l’Union sacrée de la nation. Il a par la
suite démissionné de ses fonctions de président intérimaire de l’AVRP, parti dirigé par le
ministre Muhindo Nzangi, illustrant ainsi le cout politique que peut représenter l’initiative de
contrôle parlementaire dans un environnement marqué par des logiques de la majorité et de la

partitocratie, il est difficile pour un député de s’opposer à sa propre majorité, même quand il
s’agit de contrôler les actions du gouvernement.
Au-delà du cas de Jacquemain Shabani, cette séquence renvoie à des dynamiques plus larges
liées à l’exercice du contrôle parlementaire en RDC. Elle n’est pas sans rappeler la motion de
défiance initiée en novembre 2024 par le député Marcel Zuma contre Alexi Gisaro, ministre
des Infrastructures et Travaux publics à l’époque, au sujet du délabrement avancé des routes.
Comme dans le cas présent, cette initiative n’avait jamais été examinée en plénière, malgré
les délais fixés par le règlement intérieur, illustrant les limites récurrentes de l’effectivité de
ce mécanisme de contrôle.
Pourtant, les griefs adressés au ministre de l’intérieur s’inscrivent au cœur des préoccupations
publiques : insécurité persistante dans plusieurs villes, montée de la criminalité, braquages,
enlèvement et tueries.

Ces enjeux ont déjà fait l’objet d’interpellations parlementaires, notamment à travers la
question écrite adressée en début du mois de mars par la députée Randall Muzito sur la
recrudescence des actes criminels à Kinshasa. Au regard de ces dynamiques, une
interrogation demeure : le Parlement congolais dispose-t-il réellement des moyens d’exercer
un contrôle effectif sur l’exécutif ?

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